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TRADITION

QU'EST-CE QUE LE BHARATA NATYAM? LE BHARATA NATYAM EST BEAUTÉ
Propos recueillis par Maya auprès de Guru Herambanathan dépositaire de la tradition dansée de Thanjavur en Août 2005.

 

À question directe réponse évidente: la beauté comme identité, toute la pensée esthétique indienne contenue dans le Bharata Natyam, voie et but de l'expérience artistique indissociable de la quête divine. "Pour traduire le mot Bharata Natyam il est préférable d'employer le terme plus complet de "Natya" comprenant également les disciplines de la musique, de la danse et du théâtre.

 

Le mot Bharata Natyam n'est d'ailleurs apparu que récemment, vers 1940.

Dans les ouvrages écrits en tamoul, la danse est nommée Adaal, Koothu, Chinnamelam, Dasi Attam, Sadir, Nautch.

Voici les éléments fondamentaux et donc nécessaires à l'expression de la beauté :

 

1 - ANGAM SUTAM

Le placement parfait segment par segment de toutes les parties (angam) du corps jusqu'à la plus petite unité.

 

2 - KAALA PRAMAANA

Le respect absolu du tempo musical (laya) et l'allégeance totale de la danseuse au rythme(taala).

 

3 - LA PURETE DES MOUVEMENTS

Elle s'obtient par la pratique quotidienne des adavu, unité de danse utilisant sur un rythme défini chaque partie du corps.

La codification des adavu a été établie par le célèbre Quartet de Tanjore (19 ème siècle). Ils représentent le pilier central de la tradition de Thanjavur.

 

4 - LA MAÎTRISE DES L'ESPACE SCENIQUE

Entrée, sortie, poses centrales, couverture optimale de la scène dans les déplacements. Le respect et la mise en pratique de tous ces éléments techniques requièrent une tension physique et mentale extrême de la part de la danseuse, ce qui permet d'envisager le Bharata Natyam comme un yoga.

Tous deux contiennent toutes les disciplines, tous les sujets, tous les arts. On retrouve également l'engagement personnel de la pratique quotidienne, de préférence tôt le matin à jeun. Cette autodiscipline permettra de déboucher sur un contrôle de plus en plus fin de l'âme."

Le Bharata Natyam permet d'envisager le corps de chacun comme un instrument sacré au service de la réalisation de Purushartha. C'est ce qui en fait une des formes artistiques les plus nobles et directes.

HISTORIQUE

 

 Cette tradition dansée a plus de deux milles ans, transmise auprès des Devadasi (les servantes de Dieu) dans les temples par les maîtres musiciens. La gestuelle est consignée dans un traité le Natya Shastra. Cette danse est de révélation divine. Shiva lui même a créé la danse, à la demande des dieux qui s’ennuyaient, et a ainsi embelli le théâtre créant ainsi un cinquième veda.  

 

Il a donné à la danse sa forme tandava, rythmique, dynamique et puissante, laissant à Parvati son épouse le côté fluide et gracieux, lasya.

On dit que cette création a eu lieu dans le temple de Chidambaram. Les 108 karana, sculptures des postures y sont consignées, sur quatre murs immenses dans l’enceinte du temple. D’abord soutenue par de riches mécènes, comme le roi Chola  Rajaraja à Tanjore (XI ème siècle) les danseuses ont été chassées, au siècle dernier par les britaniques. Ces femmes hautement cultivées ont été abaissées au rang de prostituées perdant leur protection royale et religieuse. La danse sombre alors dans un grand discrédit, plus personne ne souhaite 

l’apprendre. Pour sauver la tradition les maîtres de danse ont porté cet art sur la scène, afin de faire oublier son origine religieuse et ont pu ainsi continuer à transmettre. C’est pourquoi le répertoire du Bharta Natyam est toujours fortement lié à la vie spirituelle, hindouiste.

 

Aujourd’hui après un long travail de réhabilitation, du à des notables et danseuses indiens, mais aussi à des danseuses occidentales découvrant au début du XX siècle ce style de danse (comme la russe Anna Pavlova), le Bharata Natyam est à nouveau redansé dans les 

temples lors de festivals hindouistes, comme Natyanjali, lors de la Grande nuit de Shiva  en février/ mars. Il s’est enrichi de l’influence de la vie hors des temples. Ainsi certains chorégraphes s’inspirent maintenant d’autres histoires que celles des Dieux, issues de la riche litterature tamoule notamment.

 

A Chennai ( Madras) The Season, la saison de la danse s’étire de décembre à fin janvier chaque année. Tous les artistes de renom se produisent dans les theâtres de la ville, devant un public averti et des critiques pointues.  

 

LA TRADITION DE THANJAVUR

 

Afin de vous exprimer ce qu'est la tradition de Tanjore, je vous propose un extrait de l'article de Mamata Patil, "L’ESPRIT DE THANJAVUR" (Magazine INDES n°10- Nov 2005)


« L’art était dans l’air…c’est ainsi que pendant plus d’un millénaire, la fabuleuse citadelle du Tamilnadu, la ville de Thanjavur ou Tanjore, est restée la capitale culturelle de la région et a régné en maître sur plusieurs maisons royales plutôt que d’être gouvernée par ses rois.
La ville fut à ce point bénie que les rois qui s’y sont succédés furent de grands bâtisseurs, des mécènes et des conservateurs de sa culture. Celle-ci s’est développée de 500 av.J-C jusqu’à l’an 200 avec les premiers Chola puis les souverains impériaux Chola (846-1279) qui furent les premiers dirigeants à apporter la gloire à Thanjavur, auxquels ont ensuite succédé les rois Pandya (1279-1532), les rois Nayaks (1532-1675) et enfin les rois Marathes (1676-1855) jusqu’à l’arrivée des britanniques…
Mais l’œuvre la plus belle et la plus remarquable de toute l’architecture Chola
demeure

le Temple de Brahadeswara construit par le souverain Chola Raja Raja 1 (935-1012).

La beauté du temple, inscrit au patrimoine mondial est mise en valeur par sa structure

pyramidale et ses immenses galeries, aux murs ornés de peintures, de stucs, de

sculptures monolithiques complexeset de gigantesques statues.
Une autre grande réalisation est la Saraswathi Library, l’une des rares

bibliothèques dans le monde à posséder des textes de l’époque médiévale. »

 

La ville de Thanjavur est le berceau de la transmission du Bharata Natyam en raison de

son rayonnement culturel et religieux, vie des temples et vie des rois mécènes étant liée.
Depuis plus de 1000 ans les maîtres de danse se succèdent.  A là fin du XX siècle le

célèbre Quartet de Tanjore, 4 frères musiciens, a codifié le Bharata Natyam tel qu'il est

présenté sur scène traditionnellement. Ils ont ainsi classifié les famille d'adavu, alphabet

rythmique et gestuel de la danse et organisé les récitals en margam, suite de pièces comprenant :
Alaripu, kautwam, jathiswaram, varnam, padam, sabdam et tillana.

 

 

 

Ce margam fait encore autorité de nos jours même si le temps imparti

aux spectacles est de plus en plus court pour les danseuses solistes.
En effet, les chorégraphies en groupe, les musiques enregistrées au lieu d’être

jouées en direct et l’accélération rythmique du répertoire prédominent désormais.
Mon maître  Guru K.P Kittappa Pillai (1917-1999) était un descendant direct du Quartet

de Tanjore de par son père et sa mère les deux familles étant liées par la

caste de musiciens.Il plaçait la musique au centre de son enseignement affirmant que: 

 

 

"la danse devait être belle à entendre avant que d’être belle à voir"

 


Cela conférait à son style un lenteur propice à l’expression des sentiments

et à la rigueur du placement corporel et le rythme était l'âme de ses compositions,

avec lequel il aimait jouer, n'hésitant pas à intercaler des moments de silence.

La danseuse était alors en suspension, ancrée au sol mais tout en légèreté 
Avoir entendu chanter Guru Kittappa Pillai et avoir été guidée dans le geste par son chant est inoubliable.
Je n'ai jamais retrouvé les nuances et la douceur de sa voix, qui me portait avec fermeté et justesse.

 

 

Alarippu/voix de Guru K.P Kittappa ( juillet 1999) -
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